— Alors ce concert ?
— Génial !
— Tu es revenu avec quelque chose ?
— Un ananas.
— Quoi ?!
— C’est une longue histoire…

J’ai découvert Klô Pelgag il y a un peu plus d’un an en mars 2014. Ce qui m’a frappé dès la première écoute de “L’alchimie des monstres”, c’est la qualité des textes, des compositions et des arrangements dont son frère Mathieu Pelgag s’est occupé. L’album propose non seulement une très belle écriture mais aussi une musique de chambre très soignée mélangeant cordes, cuivres et piano. Malgré son jeune âge elle fait preuve d’une grande maturité musicale. Ses influences que l’on ressent immédiatement dans sa musique, comptent King Crimson, Frank Zappa, Brel parmi tant d’autres. Des talents de compositions comme les siens ne viennent pas par hasard, ils témoignent d’une certaine culture musicale et de goûts variés. “L’alchimie des monstres” représente un ticket d’entrée dans son univers personnel à la fois riche et déjanté. Si je devais faire une comparaison, je citerais Sufjan Stevens et Fiona Apple.

Depuis plus d’un an Klô Pelgag rencontre un certain succès en France où elle enchaîne les dates un peu partout. J’ai laissé passé deux ou trois occasions l’année dernière de la voir en concert. Donc j’ai pris ma place dès que le concert du Trianon a été annoncé.

Le mercredi 15 avril arrive enfin. Ce soir c’est un Trianon entièrement assis en placement libre, je décide donc d’arriver tôt car les portes sont censées ouvrir à 19h00. J’ai bien fait, une dizaine de personnes attendent déjà devant l’entrée et le trottoir va rapidement se remplir. Puis vient le moment de rentrer dans le Trianon, je m’installe au second rang au milieu pour avoir une vision optimale de la scène. La première partie, un certain Nicolas Jules, commence à 20h00. Il arrive sur scène seul. Pas facile de gagner le public. Il décide de la jouer sur le coup de l’humour et ça passe bien car tout le monde rit de ses blagues. Il n’est pas habitué à de si petites salles, aux States ils remplit les stades… :) Trois chansons seulement, en effet il avait prévu d’aller boir un coup et Klô lui a demandé de faire sa première partie deux jours avant. ;)

Klô Pelgag entre sur scène vers 20h45. Elle est accompagnée de gauche à droite d’Elyzabeth Burrowes au violoncelle, de Lana Tomlin au violon alto, de Fany Frésard au violon, de Charles Duquette à la batterie, de Philippe Leduc à la contrebasse et de Mathieu Pelgag aux claviers. Il manque juste une section de cuivres. Chaque musicien porte un costume adapté à l’occasion: Klô a revêtu un costume de squelette et un bonnet vert, son frère porte une horloge ventrale, le contrebassiste arbore un short de cycliste et un débardeur avec une cape orange, le trio de cordes est en robe de mariée. La scène est à l’image de la musique: des ananas, un mégaphone, un siège roulant devant le piano…

En introduction Stravinsky ainsi qu’un bonjour à la salle, Klô nous dit qu’elle aurait bien voulu que Nicolas Jules soit son fils, avoir un lien de parenté avec lui, être cousins si une opportunité se présente un jour. :) Elle est un peu frappadingue et totalement dans le trip. A un notre moment elle décide de nous donner un prénom commun, Steve. La première chanson “Incendie” est nouvelle, suivent ensuite “Les corbeaux”, “Le dermatologue”, “Le tronc”, “Tunnel”, “Nicaragua”, “Le silence épouvantail” et “Le soleil incontinent”. L’interprétation et le jeu sont fidèles à l’album, le chant de Klô est superbe ! C’est impressionnant de la voir chanter ainsi en live comme sur un album enregistré en studio. Elle est a l’aise, elle se promène sur scène au gré des morceaux, passe de la guitare au piano et quand elle ne nous parle pas, assure diverses pitreries entre les morceaux. Nous avons notamment le droit au tour de magie avec le contrebassiste et au bowling avec les ananas. Le son est top et chaque instrument se laisse entendre sans couvrir les autres. Tout est réuni pour recréer l’alchimie unique de l’album.

Le groupe joue “Pégase”, une des nouvelles chansons disponibles sur l’édition de luxe de l’album puis “Taxidermie”, “Comme des rames”, “La fièvre des fleurs” et “Rayon X”. Le final “Modern Moz” est une composition de Klô et Mathieu.

Premier rappel: “Les maladies de coeur” et “Tremblements”, les deux autres bonus de l’édition de luxe.

Deuxième rappel et distribution général d’ananas, c’est là que j’ai récupéré le mien. Il m’a été lancé par Fany et a touché l’épaule de ma voisine de devant avant de tomber à mes pieds ! “La neige tombe sans se faire mal” est le dernier morceau au terme d’un peu plus d’une heure et demie de concert. La quasi totalité de “L’alchimie des monstres” a été jouée, seul “Le mariage des oiseaux” manque à l’appel. Je rentre donc un ananas à la main, ravi de ce concert fruitier.